« Rayonnement Gamma », 6 questions à l’artiste Anna Broujean

Depuis 2011, l’Inserm et l’ENSP (Ecole Nationale Supérieure de la Photographie) s’unissent autour de leur projet commun « La Recherche de l’art ». Au travers du regard de jeunes artistes, étudiants ou diplômés de l’ENSP, ce projet a pour but de proposer une vision différente de la pratique scientifique. Cette année et pour la première fois, Imagine soutient ce projet en accueillant, l’exposition « Rayonnement Gamma ».

Fruit de la pensée d’Anna Broujean et suite à ses rencontres avec des chercheurs d’Imagine début 2017, l’exposition s’inspire de l’iconographie scientifique. L’artiste a su transformer ses échanges et son savoir en une aventure photographique unique qui parle aux publics variés de l’Institut des maladies génétiques.

Retour en 6 questions sur un projet générateur de liens entre science et art :

1. Qu’est-ce qui vous a amené à la photographie, aux arts numériques ?

Anna Broujean : J'appréhende des médiums de plus en plus multiples alors que se développe ma pratique plastique. Quand j'ai commencé la photographie, je l'ai rapidement intégrée à d'autres éléments (textes, puis sons, vidéos, installations, sculptures etc). Plutôt que d'avoir un médium de prédilection, je commence par penser un concept, un projet, puis je choisis les outils qui me permettront de transmettre au mieux les idées développées.

2. Aujourd’hui quelles sont vos influences et inspirations artistiques ?

A.B. : J'aime les projets décalés, les artistes avec de l'humour, les projets qui mélangent les médiums. Parmi mes artistes de chevet, John Baldessari, Glen Baxter, Shana Moulton, David Sedaris, Erwin Wurm, Marcel Broothaers.

3. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’accepter la proposition de l’INSERM-ENSP ? Quelles étaient vos motivations ?

A.B. : J'ai effectué une résidence à Shanghai de six mois lors de laquelle je me suis intéressée aux mutations génétiques. Influencée par le travail de scientifiques chinois qui ont greffé une oreille humaine sur le dos d'une souris, j'ai développé une série de sculptures sur plantes vertes futuristes affectées de mutations fictives. La résidence proposée par l'INSERM et l'ENSP me paraissait être l'environnement idéal pour continuer cette réflexion engagée sur les mutations génétiques.

4. Quelle a été votre principale source d’inspiration pour ce projet ? Quelle a été sa genèse ?

A.B. : Ma référence principale a été le film de Paul Newman, De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites (1972), dont la série tire son nom. L'un des personnages est une jeune fille qui, pour un travail scolaire, expérimente sur des marguerites en les exposant à des très faibles quantités de radium ; certaines meurent tandis que d'autres évoluent avec des mutations étranges. De cette inspiration, j'ai développé un fil narratif qui m'a permis d'orienter les questions que j'ai ensuite posées aux scientifiques rencontrés à l'INSERM.

5. Qu’avez-vous tiré de la réalisation de ce projet ?

A.B. : J'ai été très enrichie par les échanges que j'ai pu avoir avec les scientifiques, les problématiques qu'ils exploitent sont fascinantes. Je travaille souvent à partir d'archives, j'ai donc demandé à consulter les photographies documentant les débuts de l'INSERM, dans les années 1960. Avoir accès à ce fond et pouvoir détourner certaines photos était vraiment passionnant.

6. Quel regard portiez-vous sur l’Institut Imagine, sur la génétique avant vos visites ? Et après ?

A.B. : J'envisage toujours un peu la génétique comme une œuvre de science-fiction, mais visiter les laboratoires m'a sensibilisée à la place du patient dans le processus des scientifiques. Je comprends également mieux l'aspect collaboratif et expérimental indispensables au monde de la recherche.