Alain Fischer élu à l’Académie Nationale des Sciences américaine

 

Médecin, professeur d’immunologie pédiatrique, chercheur, membre fondateur de l’Institut Imagine, titulaire de la chaire Médecine expérimentale au Collège de France, membre de l’Académie des sciences et de médecine en France et désormais aux Etats-Unis… sont autant de façon de présenter le Pr Alain Fischer. Découvrez le portrait de ce médecin-chercheur qui a su concilier science et médecine.

 

Il n’y a pas de science sans observation, ni expérimentation. C’est cette volonté de rapprocher science et médecine qui semble guider le riche parcours d’Alain Fischer, professeur au Collège de France, membre fondateur d’Imagine. Expérimenter pour comprendre semble être le fondement de ses travaux cliniques et de recherche.


Un parcours sous le sceau de l’immunologie


Tout a commencé par l’étude du système immunitaire, ce mécanisme qui nous protège contre les attaques des virus, des bactéries, voire parfois contre nos propres cellules. Et cet univers, Alain Fischer l’a abordé avec une double approche. Car, comme il le répète, « je voulais d’abord être médecin, mais j’ai toujours voulu être médecin-chercheur, pour moi c’est une seule discipline. Un malade ou plutôt sa maladie pose une question, plus ou moins résolue à un moment T. Or il est primordial de comprendre sa pathologie pour pouvoir la soigner. »
Ensuite, il tombe sous le charme – comme il le dit lui-même - du service de Claude Griscelli, père de l’étude des déficits immunitaires en France, à l’Hôpital Necker Enfants malades AP-HP où il effectue son 1er stage. Il décide alors de s’orienter vers la pédiatrie. Tous les ingrédients sont réunis et les liens avec Claude Griscelli perdureront bien au-delà car c’est avec lui, Arnold Munnich, Stanislas Lyonnet et Corinne Antignac qu’ils créeront l’Institut Imagine dédié aux maladies génétiques rares dont Alain Fischer sera directeur jusqu’en 2016.

 


 

 


Explorer pour mieux soigner


Alain Fischer focalise ses travaux sur les déficits immunitaires, des pathologies caractérisées par une défaillance du système immunitaire entrainant des susceptibilités aux infections, aux maladies allergiques, auto-inflammatoires et cancers. Il se consacre à identifier les bases génétiques et moléculaires de ces maladies, parmi lesquelles figurent les romosomdéficits immunitaires combinés sévères (DICS), une maladie sanguine rare et héréditaire liée au che X. Parmi ces enfants, le cas d’un jeune allemand, étudiée par Geneviève de Saint-Basile, chez qui la mutation a été partiellement et naturellement corrigée lui laisse entrevoir le potentiel de la thérapie génique dans ces maladies. « Seuls les patients pouvant bénéficier d’une greffe de moelle osseuse d’un donneur compatible pouvaient alors s’en sortir, explique le médecin-chercheur. Nous avons découvert chez cet enfant qu'un petit nombre de cellules corrigées pouvait restaurer l’activité des globules blancs jusqu’alors inactifs et ainsi lutter contre l'infection. En outre, compte-tenu de la durée de vie très longue de ces cellules, l'anomalie pouvait être durablement traitée. Si la thérapie génique n'était pas efficace dans ce cas-là, elle ne marcherait jamais… »


Les premiers succès de la thérapie génique


En 1999, avec les Prs Salima Hacein-Bey-Abina et Marina Cavazzana (à l’époque Unité Inserm 768 Développement normal et pathologique du système immunitaire, Département de Biothérapies et Unité d’Immunologie et d’Hématologie pédiatrique, Hôpital Necker-Enfants malades AP-HP, Université Paris Descartes, Paris), ils traitent donc les premiers enfants atteints de DICS par thérapie génique. En réalité, le traitement est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait. « Il a fallu prélever la moelle des enfants, isoler les cellules souches [mères de toutes les cellules sanguines NDLR] afin d’insérer une copie normale du gène défectueux, explique-t-il. Un virus tel un cheval de Troie sert à intégrer le gène dans le matériel génétique. »
Rapidement, on détecte des globules blancs chez les jeunes patients traités. La preuve est faite que la thérapie génique peut fonctionner. Toutefois il reste encore beaucoup à comprendre et le décès d’un des enfants des suites d’une leucémie induite en raison de l’insertion du gène réparé à proximité d’un oncogène, un gène qui accélère la survenue d’un cancer, vient entacher le succès.
Tout l’équipe retourne donc au travail pour élaborer une technologie moins toxique pour insérer les gènes. Et il faudra 7 ans pour que cette solution voit le jour. « La recherche en médecine demande beaucoup de patience et de modestie, rappelle Alain Fischer. Depuis lors la thérapie génique a fait la preuve de son efficacité dans plusieurs pathologies, d’autres déficits immunitaires, des maladies métabolites, des anémies sévères - drépanocytose, β-thalassémie – des cancers, des maladies neuromusculaires, ophtalmiques, et les essais se multiplient en neurologie, et dans les maladies dermatologiques. »
D’ailleurs en 2015, le comité de scientifiques japonais qui a décerné le Japan Prize à Alain Fischer en même temps qu'à son éminent confrère américain Theodore Friedman a salué « la thérapie génique est un des traitements les plus avancés et révolutionnaires du 21e siècle pour les maladies génétiques et réfractaires. Ces dernières années, l'efficacité clinique de la thérapie sur diverses maladies réfractaires et mortelles est de plus en plus remarquée. »


Aujourd’hui le Pr Alain Fischer s’attache à diffuser les connaissances sur l’immunologie notamment à travers ses cours au Collège de France et à lutter contre la propagation de fausses nouvelles en science, comme le désengagement des Français vis-à-vis des vaccins, mais il continue aussi à décrypter les déficits immunitaires. Et si on lui demande ce qu’il l’a poussé à créer avec Claude Griscelli, Arnold Munnich, Stanislas Lyonnet et Corinne Antignac l’Institut Imagine dédié aux maladies génétiques rares en 2007, il rappelle que les patients concernés ont le même droit que les autres et que les maladies rares ouvrent la porte aux connaissances : « Parfois les maladies rares sont une « forme extrême » d’une maladie fréquente et éclairent des mécanismes très complexes, voire ouvrent des pistes thérapeutiques. L’Institut symbolise à lui seul l’importance des liens entre médecine et science. Une approche à laquelle il faut désormais ajouter la culture informatique », conclut-il.