COVID-19 : retour en 1ère ligne des médecins-chercheurs

Face à la crise exceptionnelle que nous vivons, certains médecins-chercheurs d’Imagine ont fait le choix de rejoindre des services hospitaliers pour venir en aide aux patients et à leurs collègues. Découvrez le nouveau quotidien et les motivations de deux jeunes médecins-chercheurs.

Publié le 16.04.2020

Soigner

Marie-Louise Frémond : « Apporter sa pierre à l’édifice »

Marie Louis Frémond

Pédiatre de formation, Marie-Louise Frémond est en post-doctorat dans le laboratoire de neurogénétique et neuroinflammation dirigé par Yanick Crow : elle y étudie les interféronopathies de type I, des maladies génétiques sévères dues à un défaut du système immunitaire. « La situation sanitaire nous a poussés à fermer physiquement le laboratoire dès le 17 mars, explique-t-elle. Je souhaitais pouvoir aider sous quelque forme que ce soit, pouvoir apporter une contribution, une pierre à l’édifice. Je suis soignante certes, mais pédiatre. Or le COVID- 19 n’est pas une maladie qui touche prioritairement les enfants. »

Marie-Louise Frémond contacte alors différents hôpitaux et répond à un appel à volontaires lancé par l’AP-HP pour le suivi des patients à domicile. Rapidement, elle rejoint les plateformes COVIDRÉA et COVIDTRANS mises en place par l’AP-HP en soutien au SAMU. « L’idée est de trouver des places pour les patients pour décharger les services de soins hospitaliers, raconte la médecin-chercheur. Avec COVIDTRANS, nous prenons en charge le transfert des patients stables vers d’autres services ou vers des soins de suite. Via COVIDRÉA, et grâce à un système informatique, nous trouvons des places de réanimation pour les patients sévères pris en charge au domicile par le SAMU ou aux urgences, et le plus souvent intubés. » Elle a également débuté une mission de télésurveillance des patients COVID-19, via la plateforme COVIDOM. « Les médecins font appel à nous pour surveiller ces patients à domicile, car même s’ils vont bien initialement, la maladie peut s’aggraver rapidement, » souligne-t-elle.

Quentin Philippot : entre réanimation et recherche

Quentin Philippot qui effectue actuellement sa thèse de science dans le laboratoire de génétique humaine des maladies infectieuses dirigé par Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel venait juste de terminer son internat en pneumologie et réanimation quand a éclaté la pandémie. C’est donc presque tout naturellement qu’il a réintégré le service de réanimation de l’Hôpital Tenon AP-HP où il avait réalisé un de ses stages. « Nous avons actuellement [le 9 avril au moment de la rédaction de cet article] plus de 40 malades répartis dans 4 unités, écrit-il. J’exerce en tant que réanimateur dans l’une de ces unités qui compte 10 patients, et je participe également au service de garde. L’activité au sein des unités ne change pas tellement de l’activité habituelle en dehors des mesures d’hygiène et de la gestion des équipements de protection qui est plus drastique dans les conditions actuelles. Ce qui change vraiment, et ce qui est le plus difficile, c’est d’une part le volume des malades qui a doublé dans le service, ainsi que leur gravité, et d’autre part, l’isolement de ces patients vis-à-vis de leurs familles. Dans un service de réanimation, nous avons en temps normal beaucoup de liens et de contacts avec les familles. La situation sanitaire fait que les familles n’ont pas le droit d’être aux côtés de leurs proches. C’est très dur à vivre pour elles, mais aussi pour le personnel médical et paramédical. » L’hôpital Tenon AP-HP a en conséquence mis en place un appel quotidien systématique des référents familiaux de tous les patients pris en charge. Le jeune médecin-chercheur note la mobilisation exceptionnelle au sein du service et de l’hôpital, où une grande partie des anciens étudiants du service se sont mobilisés pour aider et grossir les rangs.

Et même si une grande partie de son activité est dédiée à la prise en charge des malades et au soutien hospitalier, il n’en oublie pas pour autant ses activités scientifiques et ce, d’autant plus que les laboratoires de Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel, dans lesquels il effectue son doctorat, sont à l’initiative du consortium Covid Human Genetic Effort (https://www.covidhge.com). En association avec des scientifiques et experts internationaux, ce projet vise à découvrir les variations monogéniques qui pourraient être à l’origine d’une prédisposition à une forme grave de COVID-19, ou au contraire, d’une résistance à l’infection virale. Ce projet nécessite d’analyser les prélèvements de malades, prioritairement des patients sévères précédemment en bonne santé et âgés de moins de 50 ans.

En travaillant au sein d’un service de réanimation à l’hôpital, j’ai la chance de pouvoir faire connaître ce projet dont les résultats apporteront sûrement un éclairage majeur sur la pandémie que nous vivons actuellement, et de pouvoir directement identifier des patients éligibles pour l’étude du consortium Covid Human Genetic Effort. Il y a un lien fort entre la recherche et l’hôpital, qui contribue à faire avancer l’un et l’autre parallèlement  

Quantin Philippot

En plus de la mobilisation exceptionnelle et de la grande qualité de l’Hôpital public, Quentin Philippot tient à souligner que le caractère d’urgence de cette situation ne doit pas nous faire oublier les fondamentaux de la recherche clinique. « Nous devons continuer à pratiquer la recherche telle qu’on nous l’a apprise, en posant des hypothèses, en étudiant ces hypothèses dans le cadre d’une démarche expérimentale rigoureuse et avec une interprétation tout aussi rigoureuse des résultats, conclut le futur médecin-réanimateur. Le temps de l’urgence et le temps de la recherche doivent vivre et avancer ensemble. Les structures de recherche solides comme Imagine, en association avec l’AP-HP, permettent de répondre à ce défi en combinant rigueur expérimentale et rapidité. »

 

Quant à certains généticiens cliniciens à la demande des réanimateurs de médecine adulte de l’Hôpital Necker-Enfants malades AP-HP, depuis le 6 avril, ils assurent à leurs côtés le lien quotidien et continu entre les soignants et les familles de patients hospitalisés atteints de COVID-19. « Ce suivi renforcé permet de redonner de l’humanité et de soulager tant les familles que les soignants » a souligné le Dr Lionel Lamhaut du service de réanimation.