Jean-Laurent Casanova, pionnier de la génétique des maladies infectieuses remporte le prix Mechthild Esser Nemmers 2026

Jean-Laurent Casanova, MD, PhD, chercheur à l'Institut médical Howard Hughes et professeur Levy Family à l'Université Rockefeller, pédiatre à l'Hôpital Necker-Enfants Malades et à l'Institut Imagine à Paris, est le lauréat du prix Mechthild Esser Nemmers en sciences médicales 2026 de l'Université Northwestern (USA).

Il est reconnu pour sa découverte des déterminants génétiques et immunologiques des maladies infectieuses.

Le prestigieux prix Mechthild Esser Nemmers en sciences médicales, doté d'une bourse de 350 000 dollars, est décerné à un médecin-chercheur dont l'ensemble des travaux de recherche témoigne d'une réussite exceptionnelle dans sa discipline, comme en témoignent des travaux d'une importance durable. Jean-Laurent Casanova a été sélectionné par un jury de scientifiques éminents.

Jean-Laurent Casanova et son laboratoire franco-américain, pour moitié à New York et pour moitié à Paris, ont mis au jour les causes génétiques — rares comme communes — de plus de 20 infections graves, parmi lesquelles la pneumonie sévère liée à la COVID-19, la pneumonie grippale, l'encéphalite herpétique ou encore la tuberculose. Ses travaux visent à élucider les mécanismes génétiques et immunologiques qui sous-tendent ces maladies, afin de mieux armer l'organisme face à l'infection.

« Je suis extraordinairement reconnaissant au jury qui m'a sélectionné pour ce prix », a déclaré Jean-Laurent Casanova. « Les lauréats précédents du prix sont tous des sommités de la recherche biomédicale. C'est un cercle d’excellence et je suis ravi d'en faire partie. »

Jean-Laurent Casanova se rendra sur le campus de l’Université Northwestern à Chicago en septembre pour y rencontrer des étudiants et des professeurs, et y donner une conférence publique.

Décoder « l'énigme de l'infection »

Jean-Laurent Casanova a construit son laboratoire de recherche autour de ce qu'il appelle l’« énigme de l'infection », un problème posé au tournant du XXe siècle. Il cherche à comprendre pourquoi certains enfants et adultes développent une maladie potentiellement mortelle au cours d'une infection primaire, alors que la plupart des personnes exposées au même microbe restent indemnes.

Son laboratoire, le laboratoire St. Giles de génétique humaine des maladies infectieuses, est un laboratoire franco-américain, partagé entre l'Université Rockefeller à New York, et l’Institut Imagine au sein de l'Hôpital Necker-Enfants Malades à Paris, en France. 
Sous sa direction, son équipe a révélé que les variants génétiques qui affectent la capacité d'une personne à combattre les agents infectieux peuvent conférer une vulnérabilité sélective à une maladie infectieuse grave spécifique.

En près de trois décennies, entre les États-Unis et la France, Jean-Laurent Casanova et son laboratoire ont découvert les causes génétiques rares et communes de plus de 20 infections. Ils ont également découvert ce qu'ils appellent des « phénocopies » de ces troubles génétiques ; certains patients souffrent d'une infection grave à cause d'auto-anticorps qui neutralisent un composant de la défense de l'hôte qui est muté chez d'autres patients atteints de la même infection.

Les découvertes de Jean-Laurent Casanova ont changé la façon dont les infections graves sont comprises et traitées. L'une de ses plus grandes découvertes a eu lieu pendant la pandémie de COVID-19, lorsque son équipe a identifié des auto-anticorps nocifs qui attaquaient un composant de la défense de l'hôte au lieu du virus. L'équipe a d'abord découvert que de rares mutations génétiques empêchaient certaines personnes de produire des interférons de type I ou d'y répondre. Ils ont ensuite découvert que les auto-anticorps bloquant les interférons de type I, qui sont essentiels à la lutte contre les infections virales, pouvaient avoir les mêmes conséquences.
Cette percée a permis d'expliquer pourquoi certaines personnes tombent gravement malades alors que d'autres se rétablissent rapidement. Les résultats ont montré que ces auto-anticorps étaient responsables d'environ 15 % des cas graves de COVID-19 et de 20 % des décès.

L'équipe de Casanova a trouvé ces auto-anticorps dans d'autres infections virales graves, telles que la grippe saisonnière et même aviaire, et l'encéphalite à virus du Nil occidental. Fait notable, ils représentent près de 40 % des cas les plus graves d'encéphalite à virus du Nil occidental. C'est aujourd'hui de loin la maladie infectieuse humaine la mieux comprise.

Membre de l'Académie des sciences et de l’Académie de médecine des Etats-Unis, les travaux de Jean-Laurent Casanova ont été récompensés par de nombreux autres prix, notamment le prix Novo Nordisk en 2025, le prix Stanley J. Korsmeyer en 2016 de la Société américaine d'investigation clinique et le prix Robert Koch de la Fondation Robert Koch en 2014. Il a également reçu des doctorats honoris causa de plusieurs universités européennes prestigieuses, dont l'Université de Zurich, l'Université d'Aarhus et l'Université catholique de Louvain.

Jean-Laurent Casanova a obtenu son doctorat de l'Université Pierre et Marie Curie de Paris en 1992, et son diplôme de médecine de l'Université Paris Descartes en 1995. Après un internat en pédiatrie, il a effectué un stage clinique et de recherche en immunologie et hématologie pédiatriques à l'Hôpital Necker et à la Faculté de médecine de l'Université Paris Cité Descartes.

À propos des prix Nemmers
L'un des cinq prix Nemmers décernés par l'Université, le prix Mechthild Esser Nemmers en sciences médicales est rendu possible grâce à un don généreux de feu Erwin Esser Nemmers et de feu Frederic Esser Nemmers. Il s'agit du quatrième prix Nemmers à être créé par l'Université Northwestern et il rejoint le prix Erwin Plein Nemmers en économie, le prix Frederic Esser Nemmers en mathématiques, le prix Michael Ludwig Nemmers en composition musicale et le prix Nemmers en sciences de la Terre, créé en 2016. Les prix sont décernés tous les deux ans. En 2016, le prix inaugural a été remis à Huda Zoghbi, MD, chercheuse à l'Institut médical Howard Hughes et professeure au Baylor College of Medicine, dont les recherches ont porté sur le syndrome de Rett et d'autres troubles neurologiques.
Stuart H. Orkin, MD, chercheur à l'Institut médical Howard Hughes à l'Hôpital pour enfants de Boston et à l'Institut du cancer Dana-Farber, dont les recherches portent sur le développement des cellules sanguines et la base génétique des troubles sanguins, a reçu le prix en 2018.
Jeremy Nathans, MD, PhD, chercheur à l'Institut médical Howard Hughes et professeur à la faculté de médecine de l'Université Johns Hopkins, connu pour ses découvertes marquantes sur les mécanismes moléculaires du développement, de la fonction et des maladies du système visuel, a été le lauréat du prix 2022.
Jeffrey Gordon, MD, professeur à l'Université de Washington à St. Louis, souvent appelé le « père de la recherche sur le microbiome », a reçu le prix en 2024 pour ses recherches qui ont transformé la compréhension de la santé humaine et de la manière dont elle est façonnée par le microbiome intestinal.

À propos de l'Institut Imagine  
Situé sur le campus de l’hôpital Necker-Enfants malades, l’Institut Imagine, est leader mondial de recherche, de soins et d’enseignement sur les maladies génétiques. Son architecture singulière, conçue par Jean Nouvel et Bernard Valéro, permet de rassembler en un lieu unique 1 000 chercheurs, médecins, enseignants-chercheurs, ingénieurs et personnels de santé autour des patients, dans l’ambition d’accélérer la recherche et l’innovation diagnostique et thérapeutique pour changer la vie des familles touchées par les maladies génétiques. Labellisé Institut Hospitalo-Universitaire (IHU, en 2011 et 2019) et Institut Carnot (2020), l’Institut Imagine est soutenu par ses six membres fondateurs, dont l’AP-HP, l’Inserm et l’Université Paris Cité, et par des partenaires et mécènes privés. Chaque jour en France, 64 bébés naissent avec une maladie génétique. Près de 8 000 maladies génétiques touchent plus de 3 millions de personnes, dont près d’une sur deux n’a pas de diagnostic et plus de 8 sur 10 n’a pas de traitement dédié. Face à cette urgence de santé publique, le défi est double : diagnostiquer et guérir. 

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