Published on 01.07.2026
Les maladies génétiques les plus répandues au monde
Tout commence par une anomalie de l’hémoglobine, la protéine des globules rouges qui transporte l’oxygène dans tout le corps. Dans la β-thalassémie, cette protéine est produite en quantité insuffisante ; dans la drépanocytose, elle est anormale et déforme les globules rouges. Dans les deux cas, le résultat est une anémie chronique et, au fil des années, des atteintes de plusieurs organes.
Ensemble, ces β-hémoglobinopathies constituent les maladies génétiques les plus fréquentes au monde. Des thérapies géniques ont récemment vu le jour et changé la vie de certains patients, mais elles restent complexes, coûteuses et hors de portée d’une grande partie des malades, en particulier dans les pays les plus touchés.
Une thérapie qui peut changer des vies
Les approches actuelles reposent sur un parcours en plusieurs étapes : on prélève les cellules souches du sang du patient, on les corrige en laboratoire à l’aide des « ciseaux moléculaires » CRISPR/Cas9, puis on les réinjecte. Or ces cellules souches sont fragiles. Les coupures de l’ADN provoquées par CRISPR/Cas9 peuvent entraîner leur mort ou des réarrangements de leur génome.
À cela s’ajoute un obstacle plus discret : la manière dont les outils de correction sont introduits dans les cellules. La technique employée, l’électroporation, est elle-même toxique pour ces cellules, d’autant plus lorsqu’elles proviennent de patients atteints de β-hémoglobinopathies, particulièrement sensibles à cette étape.
De la correction du gène… à sa livraison
Dans le cadre de son précédent projet ERC, DITSB, l’équipe d’Annarita Miccio avait déjà rendu la correction plus sûre, en adoptant l’édition de base (base editing) : une technologie dérivée de CRISPR qui réécrit l’ADN lettre par lettre, sans provoquer les coupures risquées. Mais un problème subsistait : le mode de livraison, et notamment l’électroporation, restait toxique.
C’est précisément ce que vise le nouveau projet, NDITSB. L’idée : encapsuler les outils d’édition dans des nanoparticules lipidiques (LNP), de minuscules gouttelettes de lipides capables de transporter leur cargaison à l’intérieur des cellules, une technologie qui a permis la mise au point de certains vaccins. Les formulations les plus prometteuses seront d’abord testées directement dans les cellules de patients, afin de retenir les plus sûres et les plus efficaces, puis évaluées dans un modèle préclinique pour vérifier qu’elles atteignent et corrigent les cellules souches à longue durée de vie, celles qui comptent le plus. L’équipe étudiera aussi les réponses propres à chaque maladie, ses travaux ayant montré que les cellules réagissent différemment selon la pathologie.
Vers une thérapie en une seule injection
À terme, l’ambition est de poser les bases d’une thérapie génique administrée par une simple injection intraveineuse : les nanoparticules iraient trouver et corriger les cellules souches du sang directement dans l’organisme, sans prélèvement ni réinjection. En simplifiant le traitement et en réduisant son coût, cette stratégie pourrait, demain, mettre une approche curative à la portée d’un bien plus grand nombre de patients à travers le monde.
La bourse « Proof of Concept » de l’ERC est réservée aux chercheurs déjà lauréats d’une bourse européenne. Elle a pour but de rapprocher leurs découvertes d’une application concrète, au bénéfice des patients.
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