Published on 04.08.2026
Professeur d'hématologie à l’Université Paris Cité, le Pr Hermine dirige le service d’hématologie de l’hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP) et l’équipe « Mécanismes cellulaires et moléculaires des désordres hématologiques et implications thérapeutiques » à l'Institut Imagine (premier centre européen dédié aux maladies génétiques), le Pr Hermine bénéficiera de près de 2,5 millions d'euros sur cinq ans pour mener à bien ce projet.
La maladie génétique la plus répandue en France
Tout commence par une mutation sur un seul gène.
Elle modifie l’hémoglobine, la protéine des globules rouges qui transporte l’oxygène dans tout le corps. Quand l’oxygène vient à manquer, cette hémoglobine anormale s’agglutine et fige les globules rouges : ils se rigidifient et prennent une forme de faucille. Déformés, ils bouchent les petits vaisseaux. C’est la crise vaso-occlusive, une douleur brutale, souvent intense, qui peut mettre la vie en jeu. Et chaque épisode laisse des traces. Au fil des années, les poumons, le cœur, les reins et le cerveau sont endommagés.
Près de 300 millions de personnes portent le gène dans le monde, et plusieurs millions développent la maladie. La France compte environ 30 000 patients et 500 naissances concernées chaque année. Les traitements ont progressé, notamment grâce à la thérapie génique. Ils restent pourtant insuffisants pour une grande partie des malades.
Agir à la racine de la maladie
Le projet part d'une observation encore peu étudiée : chez les patients, la moelle osseuse, où se fabriquent les cellules du sang, est en état d’inflammation permanente. Les premiers résultats de l'équipe du Pr Hermine montrent que cette inflammation fatigue les cellules souches sanguines, dérègle la production des globules rouges et pousse le système immunitaire à produire davantage de cellules inflammatoires que de cellules utiles. Ce terrain abîmé pourrait expliquer pourquoi les greffes et les thérapies géniques donnent parfois des résultats décevants. Le restaurer pourrait donc changer la donne.
Autre piste : réveiller une hémoglobine que le corps sait déjà produire. Avant la naissance, puis durant les tout premiers mois de vie, nous fabriquons une hémoglobine dite fœtale. Elle a une qualité rare : elle ne se déforme pas. Après la naissance, un interrupteur moléculaire l'éteint définitivement. L’équipe a identifié les enzymes qui commandent cet interrupteur : NME1 et NME2. En les ciblant avec des médicaments déjà sur le marché, elle est parvenue à relancer la production d’hémoglobine fœtale dans des cellules humaines, sans toxicité. Réactiver cette protection naturelle reviendrait à contenir la maladie là où elle naît.
S’attaquer à la douleur
La douleur réserve une autre surprise. TARGET-SCD met en cause des cellules immunitaires que l’on rattache d’ordinaire aux allergies : les mastocytes et les basophiles. Pendant une crise, leur activation amplifie la douleur, aggrave l’obstruction des vaisseaux et propage l’inflammation jusque dans le système nerveux. De quoi éclairer deux constats du quotidien des soignants : pourquoi certains patients souffrent plus que d’autres, et pourquoi la douleur s’installe parfois longtemps après la crise.
L’équipe du Pr Hermine teste déjà plusieurs molécules pour briser cette chaîne : le masitinib, le luspatercept et des anti-inflammatoires ciblés. L’idée est de relancer la production de cellules sanguines, de limiter les complications et d’apaiser l’inflammation de la moelle.
Du laboratoire au lit du malade
Reste le plus important : transformer ces découvertes en bénéfices concrets pour les malades. En croisant l’analyse génomique à grande échelle, les approches multi-omiques et des modèles précliniques de pointe, l’équipe cherche des marqueurs biologiques capables d’anticiper l’évolution de la maladie et d’orienter le choix des traitements. À terme, elle veut adapter la prise en charge à chaque patient, donner plus de chances de réussite aux thérapies géniques et raccourcir le délai entre la découverte au laboratoire et le soin au lit du malade.
« Notre objectif est d’améliorer nos connaissances fondamentales sur l’érythropoïèse et l’inflammation et, surtout, d’aller au-delà du traitement des conséquences de la drépanocytose pour nous attaquer directement à ses causes profondes. En combinant une science de pointe et la recherche translationnelle, nous visons à apporter le bon traitement au bon patient, au bon moment. » — Pr Olivier Hermine, Institut Imagine, Université Paris Cité, hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP)
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